Coffret Transperceneige | Jacques Lob, Jean-Marc Rochette, Benjamin Legrand & Olivier Bocquet

CoffretTransperceneigeParcourant la blanche immensité d’un hiver éternel et glacé
d’un bout à l’autre de la planète
roule un train qui jamais ne s’arrête.
C’est le transperceneige aux mille et un wagon.
C’est le dernier bastion de la civilisation.

Depuis qu’un cataclysme a gelé la terre entière et que cette nouvelle ère glaciaire empêche toute vie à l’extérieur, un train révolutionnaire transperce la neige sans jamais s’arrêter. À son bord, ce qu’il reste de l’humanité. Dès le départ de ce train, les hommes ont été différenciés en trois classes. Les moins chanceux ont pris les places debout, en troisième classe, un monde séparé des deux autres cages beaucoup plus dorées. Aucun des queutards n’a d’ailleurs jamais réussi à franchir le sas qui les sépare des wagons de tête.

En ce monde clos et cloisonné,
les nantis tout comme les damnés
n’ont pour seul et unique horizon
que les parois de leurs wagons.

Mais voilà qu’un certain Proloff parvient à se faufiler en deuxième classe, amenant avec lui son lot probable de bactéries auxquelles les plus nantis ne sont plus immunisés. Il est alors mis en quarantaine, et son heure a certainement sonné. Mais, comme dans toute société normalement constituée, il y a forcément un groupe d’activistes qui lutte contre les inégalités. Celui-ci est incarné par Adeline Belleau. Quel accueil vont réserver les autres passagers à cet intrus ? A-t-il un avenir au sein d’une caste qui n’est pas la sienne ? Comment fonctionne réellement Sainte Loco ?

Écrit par Jacques Lob et Jean-Marc Rochette dans les années 1980, le Transperceneige imagine un monde apocalyptique terriblement réaliste, qui fait écho à des problèmes qui restent d’une actualité dérangeante plus de trente ans après. Dans une atmosphère teintée uniquement d’un blanc glaciaire, nous suivons l’évolution des personnages à travers les différents wagons de ce train errant, miroirs de la démesure de l’Homme. C’est un véritable voyage initiatique vers des questions existentielles qui bouleversent en permanence notre monde.

DétailTransperceneige

Quinze ans plus tard, Jean-Marc Rochette reprend le crayon pour faire revivre le train mythique avec l’aide d’un nouveau scénariste, Benjamin Legrand. Revivre ? Pas tout à fait. Ce n’est plus le transperceneige que l’on retrouve ici, mais un autre convoi, le crève-glace. Ses passagers ont connaissance de l’existence du transperceneige et vivent dans la crainte d’une possible collision entre les deux machines. Dans sa hiérarchisation, le crève-glace semble être une pâle copie du train imaginé par Lob, mais à la différence du transperceneige, celui-ci procède régulièrement à des exercices de freinage pendant lesquels des arpenteurs, ces hommes entraînés à résister à des températures glaciaires, arpentent la glace à la recherche d’une source de civilisation. Parmi ces aventuriers, le jeune Puig Vallès est un jour accusé de la disparition de l’un de ses camarades de fortune. Devant l’injustice de son procès, une voix s’élève, celle de Val qui n’est autre que la fille du grand conseiller Kennel.

On l’appelle le crève-glace
Il passe et il repasse
Avalant l’espace
On l’appelle le crève-glace
Toujours la mort en face
Jamais il ne se lasse
Le crève-glace

Après avoir terminé L’Échappée, je trouvais qu’une suite n’était pas nécessaire, que la fin bien qu’ouverte marquait le point final de cette épopée glaciaire. Néanmoins, en commençant L’Arpenteur, puis La Traversée, il faut avouer que les suites imaginées par Legrand et Rochette sont légitimes et s’imbriquent parfaitement dans l’univers de Lob.

En 2015, après le succès mondial rencontré par le film Snowpiercer inspiré de la BD de Lob, une nouvelle suite a été créée. Avec toujours le même dessinateur, c’est Olivier Bocquet qui endosse cette fois la casquette de scénariste. Nous retrouvons le crève-glace où Legrand l’avait laissé, perdu au milieu de l’immensité blanche, arrêté près de la source musicale qui avait attiré les voyageurs du néant. Alors que la révolte gronde à l’intérieur du train, Puig Vallès et les autres arpenteurs qui étaient sortis à la recherche d’une nouvelle trace de civilisation tombent sur une trappe d’une ancienne cage d’ascenseur. Tentant le tout pour le tout, ils décident de s’y aventurer et de descendre la quarantaine d’étages qui les sépare du sol en rappel. Arrivés en bas, ils découvrent une gare souterraine où la température, viable, avoisine les 0° et que le crève-glace peut atteindre assez facilement.

Même si les questions abordées dans cet album sont louables (le nucléaire, le clonage, l’environnement, etc.), c’était pour moi la suite de trop pour le transperceneige qui, après tout, n’est pas éternel. Contrairement aux scénarios de Legrand, on perd ici toute la poésie que l’on trouvait dans les volets précédents. J’ai trouvé les dialogues plus crus, le monde imaginé un peu trop éloigné de la réalité, les personnages un peu trop loufoques. Bien que la trame respecte une logique irréprochable, on se perd parfois dans les détails de l’intrigue. Le dessin aussi a subi une sacrée métamorphose : peu à peu, nous quittons la palette de gris et retrouvons de la couleur. Il est clair que celle-ci souligne le contraste entre le monde extérieur, d’un blanc immaculé, et la ville intérieure où la nature semble avoir repris le dessus. Terminus n’est pas mauvais en soi, mais selon moi, il n’a pas sa place en tant que suite du Transperceneige. C’est un peu dommage que les éditeurs aient voulu surfer sur la vague du succès avec un tel monument de la bande dessinée. Une erreur de marketing, en somme.

Titre : Transperceneige

Ma note : 4,5/5

Scénario : Jacques Lob (Tome 1), Benjamin Legrand (Tomes 2 & 3)
Dessin : Jean-Marc Rochette
Maison d’édition : Casterman
Tome 1 – Le Transpeceneige
Année : 1984 (réédité sous le titre L’Échappée en 1999)
Tome 2 – L’Arpenteur
Année : 1999
Tome 3 – La Traversée
Année : 2000
Nombre de pages : 280
Titre : Terminus

Ma note : 3/5

Scénario : Olivier Bocquet
Dessin : Jean-Marc Rochette
Maison d’édition : Casterman
Année : 2015
Nombre de pages : 232

Envie d’un autre avis ? Voici celui de Pause Earl Grey.

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A propos Aude

Née en Belgique, je me suis expatriée en Californie, près de Los Angeles, en 2016 pour suivre mon mari et sa carrière professionnelle. J'y découvre l'American Way of Life à travers mon boulot, mais aussi à travers mes rencontres et mes voyages. *** Born in Belgium, my expat life started back in 2016, when I followed my husband in California, near Los Angeles. Ever since, I have been discovering the American Way of Life through my job as well as through my travels and my new friends.
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5 commentaires pour Coffret Transperceneige | Jacques Lob, Jean-Marc Rochette, Benjamin Legrand & Olivier Bocquet

  1. Gaelle dit :

    J’aime beaucoup ton article ! Il faut encore que je lise Terminus même s’il est un peu trop marketing pour que je me fasse une idée. C’est dommage quand même, il y avait moyen de faire une superbe fin à cette histoire. Mais le jeu sur les couleurs que tu évoques m’intrigue pas mal….
    Merci beaucoup pour le lien vers Bookyboop en tout cas 🙂 Très bonne continuation !

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